Mon enfant autiste se déshabille : comprendre pourquoi et que faire

Enfant de dos au bord de la mer, en combinaison de bain une pièce

Votre enfant enlève son pantalon à peine habillé, tire sur sa couche, arrache l'encolure de son tee-shirt ? Vous n'êtes pas seuls. Nous sommes passés par là avec notre fils Tommy, et nous savons à quel point ce combat de chaque jour peut épuiser. Voici ce que nous avons compris, ce qui nous a aidés, et les pistes conseillées par les professionnels.

Ce que nous avons vécu avec Tommy

Vers ses 2 ans, Tommy a commencé à se déshabiller en permanence. Il enlevait le bas pour tirer sur sa couche, et étirait l'encolure de ses tee-shirts jusqu'à pouvoir en sortir les bras.

Nous avons tout essayé : salopettes, pantalons noués à la taille, ceintures. Rien ne tenait. Avec le recul, une chose était évidente : Tommy ressentait un vrai malaise, une sensation d'oppression, dans ses vêtements. Ce n'était pas un caprice.

Tommy a ensuite reçu son diagnostic d'autisme. Et ce déshabillage a pris tout son sens.

Pourquoi un enfant autiste se déshabille

Il n'y a pas une seule explication. Chaque enfant est différent, mais voici les raisons les plus souvent évoquées par les professionnels.

1. Une gêne sensorielle

Beaucoup d'enfants autistes perçoivent le toucher de façon très intense. Une couture, une étiquette, un élastique à la taille ou une matière qui gratte peuvent devenir insupportables. On parle d'hypersensibilité tactile. Pour l'enfant, enlever le vêtement est le moyen le plus simple de faire cesser la gêne.

2. Un besoin de sentir son corps

À l'inverse, certains enfants sont hyposensibles : ils ont besoin de sensations fortes pour bien percevoir leur corps. Ils recherchent les pressions profondes, aiment les vêtements très près du corps. Un vêtement ample ou flottant peut les laisser « sans repère ».

3. Une douleur ou un inconfort qu'il ne peut pas dire

Un vêtement qui serre le ventre, une couche mouillée, des troubles digestifs, une température trop chaude : quand l'enfant ne parle pas encore, ou pas assez, se déshabiller peut être sa façon de dire « quelque chose ne va pas ».

4. Les codes sociaux ne sont pas encore là

La pudeur et le « on ne se déshabille pas devant tout le monde » s'apprennent. Chez beaucoup d'enfants autistes, ces codes arrivent plus tard. L'enfant ne fait rien de mal : il ne comprend pas encore pourquoi ce serait un problème.

5. Une façon de communiquer

Si le déshabillage provoque à chaque fois une grosse réaction des adultes, l'enfant peut finir par l'utiliser pour attirer l'attention ou exprimer un besoin. C'est pour cela que le calme est si important.

Ce qui peut aider au quotidien

Observer avant d'agir

Le déshabillage concerne-t-il tous les vêtements ou seulement certains ? À quel moment de la journée ? Après le bain, à la sieste, quand il fait chaud ? Prenez quelques notes pendant une ou deux semaines. Vous verrez souvent apparaître une logique : une matière, un type de fermeture, un moment précis.

Rester calme

C'est plus facile à dire qu'à faire, nous le savons. Mais une réaction neutre, sans gronder, évite que le déshabillage devienne un moyen d'obtenir votre attention. Rhabillez simplement, avec des mots courts.

Vérifier qu'il n'a pas mal

Couche, ventre, transit, peau irritée, vêtement trop petit : en cas de doute, parlez-en à votre médecin. Une douleur non exprimée est parfois la vraie cause.

Adapter les vêtements

C'est souvent là que tout se joue. Quelques repères :

  • Pas d'étiquette qui gratte : coupez-les, ou choisissez des vêtements avec la taille imprimée.
  • Des coutures plates et des matières douces (coton, jersey, velours selon les goûts de votre enfant).
  • Selon son profil : plutôt près du corps pour un enfant qui recherche la pression, plutôt ample pour un enfant qui supporte mal les frottements.
  • Une seule pièce plutôt qu'un haut et un bas : plus d'élastique à la taille, et plus de couche accessible.
  • Une fermeture dans le dos : l'enfant ne peut pas l'ouvrir seul.

Prévoir un espace où il a le droit

Certains professionnels conseillent de définir un lieu intime, la chambre ou la salle de bain, où l'enfant peut rester peu habillé. Il apprend ainsi qu'il existe un endroit pour ça, et que le reste de la maison ou l'extérieur, c'est habillé.

Lui offrir d'autres sensations

Si votre enfant recherche des sensations, proposez-lui des expériences sensorielles à d'autres moments : massages fermes, jeux de pression, activités où l'on pousse ou l'on tire. Son besoin trouve alors une autre réponse que le déshabillage.

Ce qui a changé les choses pour nous

Un été, faute de mieux, nous avons acheté une combinaison de bain dans un magasin de sport : col montant, fermeture éclair dans le dos, avec un legging en dessous. Pas vraiment un look de défilé ! Mais Tommy s'y est senti bien tout de suite. Une seule pièce, comme une seconde peau, rien qui serre à la taille, et impossible de l'enlever. Il l'a portée pendant des mois.

Nous avons cherché mieux, en vain : des modèles médicaux tristes d'un côté, des combinaisons étrangères chères et peu adaptées de l'autre. Alors nous avons décidé de créer la nôtre. C'est comme ça qu'est né Super Spectre.

Faye témoigne : Tommy s’est emparé de ses combinaisons comme d’une seconde peau

Faye racontant l’histoire de Tommy et de ses combinaisons au Sommet de l’Autisme.

Aujourd'hui, nos combinaisons sensorielles reprennent tout ce que nous avons appris avec Tommy : zip dans le dos protégé, col montant pour que l'épaule ne sorte pas, taille imprimée au lieu d'une étiquette, et trois coupes selon le profil sensoriel de l'enfant. La Super Slim, près du corps, est pensée pour les enfants qui recherchent la pression, comme Tommy avec sa première combinaison de bain.

Une combinaison n'est pas une solution miracle. C'est un outil parmi d'autres, qui peut apporter un peu de répit à toute la famille pendant que vous cherchez, avec les professionnels, ce qui convient à votre enfant.

Quand en parler à un professionnel

N'hésitez pas à en parler si le déshabillage :

  • dure depuis plusieurs semaines malgré vos essais ;
  • s'accompagne de signes de douleur ou de troubles du sommeil ;
  • vous met en difficulté à l'école, à la crèche ou dehors.

Un ergothérapeute ou un psychomotricien peut évaluer le profil sensoriel de votre enfant et vous proposer des solutions sur mesure. Si votre enfant n'a pas encore de diagnostic, votre médecin peut vous orienter vers une plateforme de coordination et d'orientation (PCO). C'est ce qui nous a permis, à nous, d'être accompagnés tôt.

Vos questions

Est-ce que mon enfant va arrêter de se déshabiller un jour ?

Il est difficile de le prédire. Ce comportement évolue souvent avec l'âge, l'accompagnement et des vêtements adaptés, mais chaque enfant avance à son rythme.

Faut-il le gronder ?

Non. Gronder ne règle pas la gêne qui le pousse à se déshabiller, et peut même renforcer le comportement. Mieux vaut rester neutre et chercher la cause.

Une combinaison, ce n'est pas l'enfermer ?

Tout dépend du vêtement. Une combinaison confortable, adaptée à son profil sensoriel, est souvent vécue comme rassurante par l'enfant. Si votre enfant est propre, un simple cordon sur le zip lui permet de l'ouvrir seul pour aller aux toilettes.

Mon enfant n'a pas de diagnostic d'autisme, est-ce que cet article le concerne ?

Oui. Beaucoup d'enfants, autistes ou non, ont des particularités sensorielles. Les pistes de cet article peuvent aider tous les parents confrontés au déshabillage.

Faye et Steeve, parents de Tommy et fondateurs de Super Spectre.

Cet article partage notre expérience de parents et des pistes issues de ressources spécialisées. Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.

Sources consultées : CHU Sainte-Justine, les besoins sensoriels de l'enfant autiste · AFSA, livret Angelman : quand un enfant se déshabille en public

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